Réalisateur Documentaire
Toutes les histoires comptent !
Je suis réalisateur de documentaires. Je filme des personnes qui acceptent de me laisser entrer dans leur quotidien, et j'essaie de raconter avec elles ce qu'elles traversent, sans parler à leur place.
Le récit par l'intime
Je suis réalisateur. J'ai été formé à l'École nationale supérieure d'audiovisuel de Toulouse, et je filme des gens depuis une dizaine d'années. Ce qui m'intéresse, ce sont des personnes, à une échelle où on peut vraiment les regarder : une personne, un couple, un village, une équipe de bénévoles. Ce qu'elles vivent dit souvent quelque chose de plus large qu'elles, mais ce n'est pas à moi de le dire à leur place.
J'appelle ça le récit par l'intime, faute d'un meilleur mot. Filmer une question qui nous concerne toutes et tous, l'exil, le deuil périnatal, la fin d'un monde paysan, en restant à hauteur de celles et ceux qui la vivent. J'essaie de ne pas commenter et de ne rien démontrer. Les personnes parlent à la première personne, et la caméra reste assez longtemps pour qu'elles aient le temps d'aller au bout de ce qu'elles ont à dire.
Ça demande du temps, et ça demande de la confiance. Mes films se tournent sur des mois, parfois sur des années : trois ans auprès d'Aline et David pour Nos petites bulles, près d'un an de présence à Calais et Grande-Synthe pour Entre les frontières. Ce qui compte ne se joue jamais le premier jour, et je ne sais pas faire autrement que d'être là.
Je tiens la caméra sur tous mes films, et selon les projets le son, le montage et l'étalonnage. Au départ, c'était une question de moyens. C'est devenu une façon de travailler : quand on a passé des mois avec quelqu'un, on sait un peu mieux, au montage, ce qu'il faut garder et ce qu'il faut taire.

Nos petites bulles
Aline, je la connais depuis que nous avons douze ans. Un été, en balade en forêt, elle me parle longuement de ce qu'elle traverse : cinq grossesses arrêtées en trois ans. Avec David, son amoureux, ils refusent que ces cinq pertes soient la fin de leur désir d'enfant.
Pendant trois ans, je les ai accompagnés avec ma caméra, au plus près. Les rendez-vous médicaux, les silences, la forêt où ils promènent Maurice, leur chien, puis une grossesse inattendue et l'angoisse qui revient avec elle. Un huis clos à trois. Parler des fausses couches, c'est parler de l'intime, de ce qui n'a pas « existé » aux yeux des autres. Pour rendre ça visible sans blesser, le film s'ouvre à des séquences d'animation : les « bulles » d'Aline, le mot qu'elle a trouvé pour dire ses grossesses interrompues avec poésie.
Nos petites bulles, 52 minutes, est produit par Zorn Production International en coproduction avec France Télévisions, avec le soutien du CNC, de la Procirep et de l'Angoa. Le film a été présenté en avant-première à Saint-Amand-les-Eaux, là où il a été tourné, puis diffusé sur France 3 Hauts-de-France le 13 mars 2025 et pendant un mois sur france.tv. La Voix du Nord, L'Observateur, le journal de France 3 et ICI Nord en ont parlé, et La Maison des Maternelles l'a relayé : les extraits publiés sur les réseaux ont été vus plus d'un million et demi de fois. Il circule aujourd'hui auprès d'associations qui accompagnent les parcours de grossesse arrêtée. C'est ce que j'espérais pour ce film : qu'il serve à des gens, et pas seulement qu'il soit vu.
Ce film n'existe que parce qu'Aline et David ont accepté qu'on filme ce que l'on tait d'habitude. Je leur en suis reconnaissant, et j'ai essayé d'être à la hauteur de cette confiance.

Entre les frontières
Entre Calais et Grande-Synthe, les bénévoles d'Utopia 56 arpentent le littoral la nuit, à la recherche de personnes en situation d'exil qui tentent de rejoindre la côte anglaise. Des maraudes aux appels d'urgence, jusqu'aux commémorations, ielles nous emmènent dans leur quotidien et leur réalité : celle de l'entraide. Le 14 décembre 2022, un appel de détresse émis en mer vient bouleverser à nouveau ce quotidien.
Je suis allé pour la première fois sur un campement de Grande-Synthe en 2017, un peu sur un coup de tête, un sac sur le dos. Je savais juste qu'on avait besoin d'aide. C'est là que tout a commencé. Quand j'ai décidé d'y revenir avec une caméra, en 2022, il a d'abord fallu installer la confiance, et faire la preuve de mes intentions : raconter justement ce qui se passe ici. De juin 2022 à avril 2023, une semaine par mois, j'ai suivi les équipes, jusque dans les situations les plus fragiles, là où une équipe de tournage serait de trop. J'étais seul, avec une caméra légère, et j'ai pris le temps.
La série compte quatre épisodes, 87 minutes en tout. Elle a été tournée sans financement, un peu dans l'urgence, et portée par Arturo Mio. J'en signe l'écriture, l'image, le son, le montage et l'étalonnage, ce qui fait de moi un peu l'homme couteau suisse du projet. Elle a été sélectionnée au Festival international Jean Rouch, projetée aux Rencontres Images de migrations en juin 2024, et elle est référencée sur film-documentaire.fr.
Puis il y a eu la route. Quelques mois après le montage, j'ai pris mon vieux camion aménagé pour aller montrer le film un peu partout en France, dans des cinémas, des bars associatifs, des squats, des PMU. De la Bretagne à Marseille, de Briançon à Boulogne-sur-Mer, on regarde le film, puis on parle. J'ai été surpris par les réactions : à chaque fois, la situation est pire que ce que les gens imaginaient, même sur la côte, où elle se déroule sous leurs yeux.

Où sont les moutons ?
Luché-Thouarsais, dans les Deux-Sèvres, 45 habitants. À 87 ans, Gérard est le dernier du bourg à élever des moutons, et il sent que ça va devoir s'arrêter. Marie-Josèphe, son épouse, et ses trois sœurs presque voisines resserrent les rangs, cherchent des solutions et philosophent, entre le café et le gâteau, sur cette fin à venir : la leur, celle de leur mode de vie. Un peu plus loin, leur petit-fils s'est mis, avec sa famille, à élever ses propres moutons.
Nicolas Fabas est leur petit-fils, lui aussi. Le film est parti d'un repas de fin d'année où sa grand-mère lui a lancé que des vieux paysans comme eux, tout le monde s'en fichait. Il a voulu revenir sur les pas de sa famille avant qu'il ne soit trop tard. Nous l'avons coréalisé, et j'en ai fait l'image, le son, l'étalonnage et, avec lui, le montage. C'était notre premier film à tous les deux.
Où sont les moutons ? dure un peu moins d'une heure. Il est produit par la Compagnie Noutique, à Béthune, en coproduction avec Pictanovo, avec le soutien de la Région Hauts-de-France, du Département du Pas-de-Calais et de l'agglomération de Béthune-Bruay. Musique de Benoit Capelle. Il est sorti en 2022 et il est édité en DVD par L'Harmattan.

Un simple espoir
C'est le titre provisoire du film que je tourne depuis plus d'un an à la frontière franco-britannique, dans la continuité d'Entre les frontières.
Il est né d'une rencontre, à Calais, un mois de décembre. Un père me prend à partie en voyant ma caméra, puis appelle son fils de neuf ans, qui soulève son pull et montre son ventre brûlé par le carburant lors de leur dernière traversée. Ils étaient plus de soixante sur le bateau. Le père me parle de personnes disparues cette nuit-là ; la presse, dix jours plus tôt, avait compté trois morts. À la fin, il me regarde et me dit : « Et ça, personne n'en parle. »
Ce film essaie de raconter celles et ceux que l'on ne compte pas. Les personnes disparues en mer, dont le nombre dépend de qui le fixe, et celles qui restent sur la côte sans que leur histoire soit jamais racontée. Il se tourne au contact des gens : les bénévoles et les collectifs de citoyens, les sauveteurs en mer, les pêcheurs qui remontent des corps dans leurs filets, et les rescapés, quand ils acceptent de parler.
La côte d'Opale, je voudrais la raconter dans son étrange beauté, ce décor de carte postale à travers lequel se jouent tant de traversées. En mer et sur la terre, la caméra s'invite au creux des vagues pour raconter, en immersion et en empathie, sans verticalité et sans jugement, une réalité qui disparaît de nos regards à mesure qu'elle se répète.
Une manière de faire
Je travaille de la même façon quel que soit le film, qu'il soit porté par une chaîne nationale ou tourné sans un sou : j'arrive tôt, je reste longtemps, et je fais en sorte que les personnes filmées se reconnaissent dans le film terminé. C'est la seule chose que je sais garantir. Le reste, la confiance, et ce qu'on finit par voir à l'écran, se construit avec elles, et prend le temps qu'il faut.
Je suis basé à Lille. Je tourne dans les Hauts-de-France, à Paris, en Bretagne et partout en France, et plus loin quand le film le demande.


















